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Lyvia busnel

Le Secret des
Cathares

ISBN : 978-2-9572462-1-2

© Édition originale – Edition d‘Espérance
© Tous droits réservés – 2020
Lyvia Busnel

A ma grand-mère qui aime tant le Moyen-Âge…

Prologue :
Carcassonne. Juillet 1195.
Le cavalier poussa un soupir de soulagement. Il n’était plus très loin. Plus que
quelques mètres. Les remparts de Carcassonne se détachaient dans la lueur
imperceptible de l’aube. Bientôt, il serait chez lui. Il talonna sa monture, la
poussant à continuer son chemin. Il était si près du but.
Les grandes tours de défense se dressèrent contre lui, le coupant momentanément
de la lumière du soleil en ce mois de juillet 1195. Nul doute, la journée sera
chaude dans les terres du Sud. La herse s’ouvrit finalement devant lui et le
cavalier s’engagea dans les rues de ville.
Malgré l’heure matinale, les artisans et les marchands étaient déjà installés, se
battant à qui vendra le plus de produits. Les femmes se dirigeaient vers la rivière
pour laver le linge de la veille. Quant aux hommes, leurs pas les menaient vers
les champs. Mais le cavalier n’était pas ici pour retrouver sa vie d’antan. Il
dirigea son cheval vers le château comtal, situé un peu plus loin dans la ville. Il
se jeta plus qu’il ne descendit de sa monture, la confia à un garde et se précipita
vers le château, tenant fermement sa besace entre ses mains. Ce qu’il transportait
depuis tout ce temps valait plus que sa propre vie.
Il se dirigea sans attendre vers la salle d’audience où, il en était certain, l’homme
l’attendait. Il n’eut pas tort. Le cavalier esquissa une petite révérence devant
Bertrand de Saissac. Celui-ci se retourna vers lui, ses yeux noirs brillant
d’impatience. Il passa sa main dans ses cheveux autrefois d’un noir de jais. Le
temps n’épargnait personne. Des petites mèches grisâtres avaient fait leur
apparition dans sa chevelure mais, sur l’instant, l’homme n’en avait plus rien à
faire. Bertrand sourit de satisfaction à l’approche du cavalier.
« -Vous l’avez ? demanda-t-il, s’avançant à grandes enjambées vers le cavalier.
-Oui, Monseigneur.
Pour toute réponse, il sortit le précieux trésor de sa besace. Bertrand de Saissac
resta un instant coi devant ce calice, comme paralysé par ce qu’il voyait. De son
vivant, jamais il n’aurait pensé le voir un jour, et pourtant, il était finalement là,
sous ses yeux. Le secret le mieux gardé de toute la chrétienne. Il devait admettre

que l’objet était magnifique. Un calice finement sculpté d’or et de pierreries. Une
véritable merveille.
Le cavalier le lui tendit respectueusement. Bertrand le prit délicatement entre ses
doigts, ébahi devant tant de beauté et de puissance.
« -Où l’avez-vous trouvé ? balbutia-t-il, observant le calice à la lueur du jour.
-Dans le temple de Jérusalem, comme vous l’aviez annoncé, Monseigneur. »
Bertrand hocha la tête, ne pouvant détacher son regard du Graal qu’il tenait enfin
entre ses mains. Pourtant, le calice ne réagissait pas. Cela ressemblait à une
simple coupe, luxueuse certes mais sans pouvoir. N’étais-ce pas le Graal ?
n’étais-ce pas cette coupe sacrée utilisée par Jésus-Christ et ses douze disciples
lors de la Cène ? La coupe qui aurait recueilli le sang du Christ après sa
crucifixion ? Bertrand commença à douter.
Soudain, une petite fille entra à son tour dans la pièce, interrompant les deux
hommes. Bertrand posa précipitamment le Graal sur la grande table en bois
massif.
« -Damoiselle Constance ? Que faites-vous réveillée à cette heure-ci ?
La fillette de six ans releva son regard bleu saphir dans sa direction, ignorant le
cavalier.
-Je n’ai plus sommeil, lui avoua-t-elle. Je souhaitais jouer avec mon frère et
Jourdain mais ils dorment encore. »
Elle semblait déçue par cet état de fait. Bertrand de Saissac fit signe au cavalier
de se retirer, lui promettant de lui donner l’or promis. Celui-ci esquissa une
dernière révérence avant de sortir de la pièce. Constance le suivit un instant du
regard avant de se tourner vers la table et vers le Graal.
« -Qu’est-ce donc ?
Bertrand poussa un soupir. La jeune fille était bien curieuse pour une demoiselle
de son âge. Mais il consentit à lui répondre.

« -C’est un calice précieux.
-Comme pour la messe ? demanda la fillette, penchant sa tête sur le côté. »
Ses longs cheveux noirs dégringolèrent sur ses épaules alors qu’elle s’approchait
du Graal avec curiosité. Bertrand ne fit aucun geste pour l’arrêter. Après tout, ce
n’était peut-être qu’un calice et non le Graal tant recherché. Il observa Constance
se hisser sur un banc avec effort. Puis, elle prit le calice entre ses petites mains.
Soudain, une vive lueur éclaira la pièce, la plongeant dans une lumière éclatante.
Bertrand porta la main à ses yeux, estomaqué. Comment avait-elle fait ? il
s’approcha rapidement de Constance alors que l’enfant reposait vivement le
Graal sur la table, surprise par ce brusque éclat.
« -Je n’ai rien fait ! se défendit immédiatement la fillette, gardant ses prunelles
obstinément fixées sur le calice précieux. »
Bertrand le prit une nouvelle fois entre ses mains mais rien ne se passa. Pas une
seule petite lueur. Constance descendit précipitamment du banc sur lequel elle
était installée et fila vers la sortie, sans demander son reste. Bertrand la regarda
partie mais sans pour autant la retenir. Qu’aurait-il pu lui dire ? lui-même
ignorait ce qui venait de se passer.
Il tourna une nouvelle fois la coupe entre ses doigts avant de la retourner. Sous
le pied du calice, une inscription ancienne était gravée. Il s’approcha de la
lumière pour voir plus clairement. C’était du latin mais cela ne lui posait aucun
problème. Il plissa les yeux. « Lorsque le Mal déferlera sur le monde au nom du
Bien, l’élu trouvera sa voie ». Il resta un instant perplexe face à cette prophétie.
L’élu ? il jeta un regard vers la porte où Constance venait de s’enfuir.
Par son seul toucher, le Graal s’était illuminé entre ses mains, comme s’il la
reconnaissait. Constance était-elle l’élue ? et si c’était cela, quel était ce Mal qui
déferlerait sur le monde ? Bertrand soupira une nouvelle fois. Pour l’instant, il
devait cacher le Graal à la vue de tous et surtout à celle de Constance. La jeune
fille devait oublier ce calice pour l’instant et se concentrer sur son avenir.
Bientôt, elle rejoindrait la cour de France pour devenir une dame de compagnie
de la nouvelle épouse du prince, Blanche de Castille. Elle suivrait son destin et
oublierait jusqu’à l’existence de cette coupe. Pour son bien et celui de ses terres.

Bertrand jeta un regard par l’ouverture, contemplant un instant Carcassonne et
ses alentours. Il, ne survivrait pas si cette ville venait à être détruite. Pour
l’instant, il n’avait qu’une chose à faire. Cacher le Graal. Advienne que pourra.

Chapitre 1 :

Palais de la Cité. 15 janvier 1208.

Observe bien ce calice
On l’appelle le Saint-Graal
Plus puissant que tous les maléfices
Il met fin à jamais au Mal
Fait le Bien autour de toi
Que le calice devienne offrande
Et le Graal renaîtra
Que l’histoire devienne légende
Mais seul l’élu au cœur pur
Un jour le retrouvera
Accompagné d’un chevalier en armure
La guerre il arrêtera.
Guiraut Riquier pinça une dernière fois les cordes de sa mandore. Sa voix se
perdit dans les tons aigus avant la dernière note. Celle-ci monta dans les airs puis
le troubadour se tut brusquement. Blanche de Castille se redressa sur son siège
et applaudit le chanteur, accompagnée par les applaudissements des autres dames
de compagnie. Celui-ci s’inclina gracieusement devant la princesse. J’applaudis
à mon tour, encore bouleversée par les paroles de sa chanson. Pourquoi le thème
du Graal me semblait-il familier ? bien sûr, je connaissais la légende mais une
part de moi me criait que j’en savais bien plus que cela.
« -Merveilleux, comme toujours, le félicita Blanche de Castille. »
Guiraut Riquier s’inclina une nouvelle fois, ravi devant tant de sollicitude de la
part de la future reine de France. Soudain, la porte s’ouvrit et le prince Louis
entra dans la pièce. Nous nous inclinâmes tous respectueusement.

« -Bonjour mon épouse, salua-t-il sa femme.
Il se tourna vers moi et me fit signe de me redresser.
-Demoiselle Constance.
Je lui fis un petit signe de tête amicale. Le prince Louis était un homme plutôt
charmant et d’un humour à toute épreuve. Pourtant aujourd’hui, sa mine était
sombre, signe d’une bien triste nouvelle.
-Damoiselles, pouvez-vous nous laisser ? demanda le prince. »
Nous sortîmes toutes de la pièce en silence, suivi par le troubadour. Je jetai un
dernier regard à Blanche et Louis. Celui-ci ferme la porte derrière nous mais je
vis bien le regard interrogateur de la princesse. Que se passait-il ? peu importe.
Je le saurais un jour ou l’autre. Il suffisait d’attendre. Malheureusement pour
moi, je n’étais pas réputée pour ma patience à toute épreuve.
Je fis demi-tour, me dirigeant vers les jardins du palais. J’avais bien envie de me
dégourdir les jambes même en ce mois de janvier. L’été de Carcassonne me
manquait atrocement. Mon sang du Sud n’était pas fait pour supporter de tels
hivers. Avant que je puisse arriver au jardin, un homme m’interpella. Je me
retournai vers la provenance de la vois. Mon fiancé arrivait dans ma direction,
un sourire conquérant sur le visage. Simon de Montfort, seigneur de Montfortl’Amaury, comte de Leicester et de quatorze ans mon aîné. Mais son âge
n’enlevait rien à son allure. Il portait les cheveux blonds mi-longs depuis son
retour de croisade. C’était un excellent combattant et un défenseur zélé de la
cause catholique. J’étais moi-même catholique, bien sûr, mais je ne comprenais
pas l’intérêt d’aller tuer d’autres hommes sous prétexte que nos religions étaient
différentes. Mon fiancé ne partageait pas mon avis. Pour lui, les hérétiques
devaient être tués jusqu’au dernier. Il portait également une barbe touffue depuis
son retour que je n’appréciais guère, lui donnant un air faussement négligé.
« -Constance, c’est un plaisir de vous revoir, me salua-t-il aimablement en me
gratifiant d’un baise-main.
-Moi de même, comte, le saluais-je à mon tour, un petit sourire au coin des
lèvres.
-Vous pouvez m’appeler Simon, après tout, nous serions bientôt mari et femme,
me fit-il remarquer, plantant ses yeux sombres dans les miens. »

Il n’avait pas tort. Notre mariage avait été décidé voilà plus d’un an par nos deux
familles. Un accord de paix entre le Nord et le Sud. C’était un mariage arrangé
bien évidement, mais cela ne me gênait aucunement. Simon de Montfort était
bel homme, valeureux et avait le sens de l’honneur. J’aurais pu plus mal tomber.
Il me fit signe de marcher avec lui. Je m’exécutai, repoussant mes longs cheveux
bruns derrière mes épaules.
« -Avez-vous appris la nouvelle ? me demanda-t-il, le regard perdu dans le vide.
-Quelle nouvelle ? demandais-je perplexe.
-Le légat du pape, Pierre de Castelnau, a été assassiné sur une route du
Languedoc, m’annonça mon promis, sa voix se faisant soudainement plus
grave. »
C’était surement ce que Louis avait révélé à Blanche. L’assassinat d’un
représentant du Saint-Père. Une grande affaire en perspective.
« -Un assassinat dites-vous ?
-Oui. Assassiné par un écuyer du comte de Toulouse, cracha Simon. »
Je marquais un arrêt. Le comte de Toulouse…Non. Mon oncle ne pouvait avoir
aucun rapport avec cet assassinat.
« -Le comte de Toulouse ? répétais-je, fronçant les sourcils. Je suis certaine que
mon oncle n’a rien à voir dans cette histoire ! »
Simon se retourna vers moi et m’observa de haut en bas. Il avait un regard que
je ne lui connaissais pas. Froid, vindicatif, mauvais. Le regard qu’il réservait aux
ennemis de l’Eglise.
« -C’est pourtant la vérité, très chère. Votre oncle a tué un légat de sa Sainteté. »
Je n’en croyais pas un mot. Pourquoi mon oncle irait-il assassiner un des princes
de l’Eglise ? pourquoi ? cela n’avait aucun sens ?
« -Pourquoi l’aurait-il fait ?
MA voix était plus offensive que je ne l’aurais voulu mais je détestais le ton qu’il
employait avec moi.
-Car votre oncle héberge des hérétiques cathares et qu’il refuse de s’en
débarrasser. »

Voilà le fond du problème. Les Cathares. Une nouvelle doctrine ayant fait son
apparition depuis une cinquantaine d’années, notamment dans le Sud du pays,
près de Toulouse. Les Cathares rejetaient le luxe ostentatoire de l’Eglise abusait
de ses privilèges au risque de perdre le caractère sacré de leur foi. Pourtant, les
Cathares n’étaient pas si différents de nous, malgré leur culte différent du nôtre.
Mais il ne respectait pas l’Eglise, ni sa hiérarchie. Et cela, le pape ne pouvait le
tolérer. Mon ami d’enfance, Jourdain de Saissac, était un cathare, tout comme
son père. Et je les aimais comme des membres de ma famille. Mais cela, Simon
de Montfort ne le comprendrait jamais.
« -Tout comme votre frère à Carcassonne…marmonna-t-il dans sa barbe.
Je lui jetai un regard outré.
-Mon frère n’a rien à voir dans cette affaire, comte. Laissez-le en dehors de
cela. »
Sans attendre son autorisation, je fis volte-face et me dirigeai vers le jardin. Cette
fois, j’avais vraiment besoin de prendre l’air. Que venait d’insinuer Simon ? Que
la guerre était proche ? Le pape était connu pour son caractère intransigeant et
vindicatif. Il ne laisserait pas le meurtre de son légat sans conséquences. Et
quelles conséquences ? une guerre se préparait. Je n’avais aucun doute là-dessus.
Je devais rejoindre mon frère à Carcassonne le plus vite possible. Il était
certainement au courant de cette affaire mais j’avais besoin d’être auprès de ma
famille si la guerre venait à prendre la route du Sud. Mes pas me conduisirent
bientôt près du jardin intérieur du palais. A mon grand soulagement, il n’était
guère fréquenté en ce mois de janvier. Je resserrai ma fourrure autour de moi,
essayant de ne pas sentir le froid. Mais c’était impossible. Je poussai un soupir
qui se transforma en buée dans l’air glacial. Mon regard se perdit dans le vide,
songeant à mes terres. Presque cinq années que je n’y étais pas revenue, la vie à
la cour en tant que dame de compagnie de Blanche de Castille me prenait tout
mon temps. Mon esprit s’égara vers mon frère, Raimond-Roger Trencavel et
mon ami d’enfance Jourdain de Saissac. Que devenaient-ils ? Comment allaientils ? m’avaient-ils oubliée ? Non, cela était impossible. Dans sa dernière lettre,
mon frère me répétait que je lui manquais atrocement et qu’il espérait bien me
revoir au cours de cette année. Je souris malgré moi quand des éclats de voix
parvinrent jusqu’à mes oreilles.




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