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Lyvia Busnel

Le Chant des
Sirènes

© Édition originale – Edition d‘Espérance
© Tous droits réservés – 2020
Lyvia Busnel

« - Gaby ! Gaby attends-moi je veux me baigner
aussi. »
Inoa courait après son frère en direction de la mer.
Ils étaient venus avec leurs parents pour profiter de
ces premiers jours de chaleur et se baigner.
Pourtant Gaby détestait la mer. Il aimait les sons
des vagues se fracassant sur les rochers et les
oiseaux qui criaient. Il savait reconnaître les
goélands des mouettes et les différents types de
coquillages, mais il avait horreur de l'eau. La peur
de se baigner était encrée en lui depuis des années
même s'il en ignorait les raisons.
Gaby resta sourd aux supplications de sa sœur
Inoa. Il s'arrêta juste au bord de la mer, là où les
vagues meurent sur le sable chaud pour repartir
dans ses profondeurs insondables.
Inoa le dépassa et se jeta dans l'eau poursuivit par
son père qui lui hurlait de l'attendre.
Il les regarda un instant avec envie puis continua
son chemin sur la berge, observant les merveilles
de la plage.

Le soleil cognait sur sa peau blanchie par le froid
de l'hiver. Son regard se posa alors sur un objet qui
n'avait pas sa place dans le paysage. Il s'approcha,
tendit la main et le saisit. C'était une bouteille en
verre bleuâtre. Un bouchon recouvert de cire la
fermait pourtant elle était vide. Non. Presque vide.
À y regarder de plus près, Gabriel distingua ce qui
lui sembla être un papier roulé.
Une bouteille avec un message ! Son cœur
s'accéléra entraîné par la curiosité.
Gabriel alla s'asseoir sur les rochers pour regarder
de plus près sa trouvaille.
Après plusieurs essais, il parvint à en extraire le
papier. Il

l'ouvrit

lentement. Une

écriture

maladroite était couchée sur le papier. C'était une
lettre.
« -Gaby ! Tu ne veux toujours pas te baigner ? Tu
as peur ?
-Laisse-moi tranquille Inoa, je préfère te regarder
nager. »
Il se retourna renouant avec l'environnement qui

l'entourait. Alors, envahi par la sérénité du ressac
de la mer sur les rochers, il commença à lire.
Connaissez-vous les oiseaux marins ?
Probablement pas. Qui s'y intéresse encore de nos
jours ? Moi pourtant je connais chaque nom,
chaque particularité, chaque caractère de ces êtres
qui sont devenus mes meilleurs amis.
Mon père a toujours été rejeté par les autres sur la
terre ferme, il ne se sentait pas à sa place. Moi, la
mer a toujours été mon univers. La seule chose que
j'ai jamais connu. Aujourd'hui, je suis seul dans
ce grand être de lumière et de béton. Seul entouré
par l’immensité marine. Les vagues s'éclatent
contre mes murs en un bruit assourdissant. Je suis
vieux à présent, le temps est passé. Comment est le
continent ? Que se passe-t-il sur la terre ferme ? Je
ne sais rien de cet environnement que je ne connais
pas. Il y a si longtemps que je suis ici. Si longtemps
que l'on m'a oublié. Personne ne sait plus que ce
grand bonhomme de lumière en pleine mer
contient en son ventre un vieux gardien solitaire

en ciré jaune qui monte péniblement les escaliers
chaque jour depuis ses premiers pas.
Pourtant je suis là. Pourtant, j'aime tant ma mer.
J'aime le bruit des vagues, j'aime la sensation des
tempêtes contre mon phare. J'aime entendre les
oiseaux chanter, comme une vieille comptine. Ils
répondent aux sirènes.
Lorsque le soleil se lève et frappe de sa chaleur
l'onde marine, un réel arc-en-ciel se déploie et la
joie envahit mon âme tout entière.
Le soir lorsqu'il se couche, la mer s'enflamme.
Parfois quelques dauphins sautent au-dessus des
vagues et leurs chants bercent mon âme.
Je n'ai jamais aimé autre chose que la mer. Seul cet
univers bleu, rose, jaune, ses oiseaux, ses
dauphins, ses phoques, ses bruits majestueux,
seuls ces choses m’enivrent de joie
Je suis loin de la terre, des problèmes, de la
pollution, des usines, des voitures. Je suis loin de
toutes les choses qui stressent le travailleur

parisien. Ce sont les choses que j'ai lu un jour en
trouvant un journal échoué sur ma côte, je ne sais
même pas ce que cela signifie vraiment. Je suis
proche de la nature, de la planète. Gaïa chante tous
les soirs pour me bercer et elle chante aussi pour
me réveiller.
Si j'ai parfois connu des moments difficiles, en
pleine tempête, dans ce petit bonhomme de
lumière, je suis chez moi ici. Il est parfois
compliqué de ne pas pouvoir parler, alors, je parle
aux oiseaux. Lorsque chantent les dauphins, je
mêle ma voix aux leurs.
Ils n'ont pas de conversations, ils n'ont pas de
soucis existentiels, ils se contentent d'être, de vivre
pleinement chaque instant comme s'il était le
dernier. D'égayer les immensités bleues de leurs
voix mélodieuses. Tous ces êtres font vivre l'océan.
Ils sont ma famille.
Une famille ? Oui j'ai eu une famille aussi, c'était
il y a longtemps. Mais l'océan, cet océan

m’envoûtait comme une sirène. Il appelait mon
âme à le rejoindre. Et j'ai succombé à son appel
lorsque je suis venu au monde.
Je ne sais pas pourquoi j'écris. Si quelqu'un lis ma
lettre un jour, je serais mort. Les sirènes m'auront
emportée depuis longtemps. Peut-être alors,
quelqu'un se souviendra de ce vieux gardien perdu
en pleine mer. Peut-être qu'à nouveau mon
bonhomme de lumière démarrera pour guider les
navires

perdus

au

milieu

de

l'immensité

insondable, auprès de mes sirènes.
Je me souviens de la première fois où j'ai entendu
l'eau se fracasser contre mon phare. J'étais un
enfant terrorisé qui attendait que la tempête passe.
Ces nuits ont été les plus longues de mon enfance.
Bruyantes, effrayantes. Nous étions seuls en pleine
mer. Seuls contre les tempêtes, les vents et marées.
Seuls à la merci des éléments. Mais même dans ces
moments de peur, la mer m'attirait comme un
aimant. Combien de fois me suis-je approché des

falaises alors que mon père me l'avait interdit, rien
que pour voir les vagues exploser contre les
rochers. Combien de fois ai-je plongé alors que
l'eau était agitée et que mon père me hurlait de
revenir. J'ai vu des dauphins, des phoques, des
poissons. J'ai été terrifié par les requins qui parfois
passaient en dessous de moi, des requins baleines,
inoffensif mais tellement grands. J'étais dans
l'eau, j'avais peur de tout ce qui m’entourait.
J'avais peur parce que je n'avais pas autant de
liberté que sur la terre ferme. Mon corps était
entravé par ce liquide glacé. J'avais peur, mais
j'étais émerveillé. L'eau ne m'a jamais laissé
choisir entre elle et ma peur, j'y allais sans pouvoir
contrôler mon corps. La mer est mon univers.
Je me souviens qu'un jour, adolescent, alors que je
me baladais sur les rochers autour du phare, je
trouvais un bébé phoque bloqué. Il criait en
appelant sa maman, sa peau commençait à sécher
au soleil. Je me suis mis à sa place, j'ai compris

qu'il était effrayé, qu’il avait chaud, qu'il se sentait
condamné et s'y refusait. Je me suis approché, il
m'a regardé et s'est tus. J'ai tendu la main vers
lui, il n'avait pas peur, il savait que je pouvais lui
apporter de l'aide. Je suis parvenu à le libérer et il
est retourné à l'eau. Il a sorti la tête et m'a regardé
un instant, pour dire merci ? Ou peut-être au
revoir ? J'ai compris alors que les animaux sont
comme moi. Libres, profondément libres, mais
seuls. Ils n'ont pas la notion de méchanceté, de
violence. Ils n'ont que leur instinct. J'aurais pu
être un homme voulaient le tuer. Mais pas un
instant cela ne lui a traversé l'esprit, car ma
présence signifiait sa liberté. L'animal est un être
bon, doux. La mer est cruelle, enchanteresse.
Comme une sirène elle attire les hommes en son
sein et fracasse leurs vaisseaux. En cela est
m'effraie et me fascine depuis toujours.
Alors que je raconte mon histoire, mes souvenirs

resurgissent d'un passé que je croyais oublié.
Je me souviens du vent sifflant contre les vitres,
giflant mes joues, gelant mes mains durant ce rude
hiver. Je n'étais qu'un adolescent. Ma petite sœur,
Lywen, tomba malade. Comme nous n'avions
aucun médicament, son rhume, loin de guérir, se
transforma peu à peu en une infection pulmonaire.
Le froid était intense, nous nous serions pour nous
tenir chaud. Chaque sortie était éprouvante.
Comme souvent ici, des couches de glace se
formèrent

rapidement,

empêchant

les

plus

puissants vaisseaux de traverser pour nous
apporter le précieux remède. Lywen tint bon
jusqu'à la fin de l'hiver. Je l'entendais hurler de
douleur en pleine nuit et nous étions impuissants.
Un matin, alors que je lui apportai de l'eau, je la
trouvais morte dans sa couche. Je me souviens
encore du contact de son corps glacial. Ce fût un
des plus longs hivers de ma vie. Peu de temps
avant, nous avions perdu mon petit frère, à

seulement deux mois. J'ai retrouvé un jouet que je
lui avais fabriqué, un petit bateau en bois flotté. Il
ne l'a jamais utilisé.
Ma mère, ne supportant plus cette vie, se sentant
responsable aussi, se jeta à l'eau, un soir sans lune.
Nous retrouvâmes son corps sur la berge plusieurs
semaines après. Pour mon père, se fût un double
choc. Je dus prendre en grande partie sa place dans
la gestion du phare. Ma croissance à peine achevée
ne me facilitait pas la tâche lorsque je devais
allumer la grande lampe à huile pour guider les
bateaux. J'étais si fatigué, mais je n'avais pas le
choix. Mon père sombra dans l'alcool. Il n'était
plus que l'ombre de lui-même. Il s'absentait des
heures où il buvait près de l'eau. Jusqu'au jour où
il ne rentra tout simplement pas. Peut-être s'est-il
lui aussi jeté à l'eau ? Je ne l'ai jamais su.
Gardien de phare, quelle tâche ardue. À vingt ans
à peine, mon corps n'était que souffrance, j'étais

déjà abîmé physiquement, le travail me demandait
beaucoup d'efforts et ne me laissait que peu de
temps de repos. Après tous ces événements je me
retrouvais seul. Seul entouré par l'eau et les
oiseaux.
Quelques hivers plus tard, je grandis. J'avais
changé, j'étais un homme et m'occuper du phare
était devenu m'a raison de vivre.
Je me souviens de ce matin neigeux. Des cris
résonnèrent dans le lointain et je vis peu à peu un
traîneau se rapprocher puis s'arrêter et me faire
signe. C'était la première fois que je voyais des
chiens. Ils étaient magnifiques. Leurs yeux bleus
me transpercèrent le cœur.
Leur mucher, m'apportait un quartier de bœuf
frais. De la viande fraîche ! Je n'y avais jamais
goûté de ma vie. Le poisson, si, bien sûr, mais la
viande, quel bonheur. Heureux, je l'invitais le soir
même et nous fîmes un véritable festin. Je me

régalais de cette viande qui fondait dans ma
bouche. J’appréciais le contact de cette substance et
le jus qui sortait lorsque je marchais. Moi qui ne
mangeais depuis toujours que de la viande séchée.
Dire que j'aurais pu passer à côté de ça.
Lorsque l'homme reparti le lendemain, il m'offrit
un chiot qu'il transportait dans son traîneau. Un
magnifique chiot gris et noir aux yeux bleus
comme le cristal. Je le prénommais Québec. Après
le départ de cet homme je n'ai plus jamais
rencontré qui que ce soit, mais Québec m'apportait
d'autres joies. Je passais du temps avec lui et me
sentit alors moins seul. Les jours et les mois se
mirent à défiler à toute vitesse jusqu'à ce que
quinze ans passent et que ce fût au tour de Québec
de me quitter après m'avoir servi toutes ces belles
années. Je lui fis une sépulture au pied du phare.
Ma solitude jaillit à nouveau. Chaque jour passait,
tous se ressemblaient. Ils étaient ternes.
La vie passa ainsi lentement, et calmement, trop

calmement jusqu’aujourd'hui. Aujourd'hui, je ne
suis plus qu'un vieil homme seul en haut de son
phare. Un vieillard malade et nostalgique, hanté
par ses souvenirs.
Est-ce comme ça lorsqu’on meurt ? quittons-nous
cette terre en regrettant le passé ? Comment
restons-nous dans l'esprit des gens ensuite ?
Serai-je un simple vieux gardien de phare rendu
fou par la solitude ? Vivant nostalgique et mort
triste ?
Mais qui pourra bien se souvenir de moi ? Moi qui
suis seul depuis si longtemps ?
Qu'importe, je mourrai comme je suis né, dans ce
phare en regardant la mer. Je chanterai les
dauphins, j’appellerai les oiseaux. Peut-être leur
manquerais-je ? Peut-être mon ami phoque, se
souviendra de l'adolescent qui rêvait d'aventures
et qui lui a un jour sauvé la vie.
Il y a tant de choses que j'aimerai connaître
maintenant que je n'en ai plus le temps. Comment

est le monde au-dehors ? Jusqu'où s'étend
l'océan ?
Écoutez dehors ! Écoutez autour de vous !
N'entendez-vous pas la mer qui se déchaîne ?
Entendez-vous ses vagues qui s'écrasent contre la
pierre, contre mon phare ? Les oiseaux crient
dehors, ils vont avoir leur lot de crabe aujourd'hui,
la mer est clémente.
Ma famille. Il m'arrive de penser à eux. Ils me
manquent tant parfois. J'ai été aimé autrefois,
c'était il y a si longtemps. Qui prendra soin de
phare lorsque je ne serais plus ? Qui guidera les
bateaux dans cette vaste étendue salée ? Peut-être
ce géant de lumière deviendra-t-il moderne comme
en Europe ? Peut-être n'auront-ils plus besoin de
monter chaque jour pour allumer et éteindre sa
grande lampe à huile ? Peut-être alors se
souviendra-t-on du gardien de phare qui montait

chaque jour allumer et éteindre son feu, tourner sa
lampe pour éclairer la mer ?
Alors que je regarde à présent par la fenêtre, je vois
les dauphins qui dansent. Ils sautent en groupe,
certains chantent puis ils plongent de plus belle
pour recommencer plus loin. Ils se livrent à des
courses poursuites autour du phare. Ils sont
tellement drôles. Que pourrais-je faire sans eux
qui comblent mes silences ?
Toutes ces choses me manqueront aussi. Je crois
que l'homme est un éternel imparfait. Il rêve de ce
qui n'existe pas, se lasse du présent qui ne passe
pas assez vite et regrette le passé.
Si je pouvais recommencer ma vie, je profiterais de
chaque instant, je provoquerais le futur comme je
le souhaite. Tel est je pense le but de chaque
homme : créer son bonheur. Ne pas attendre mais
faire. Si je recommençais, je le ferais exactement
ici. Ici avec la mer, les oiseaux, les mammifères,

mon beau géant de lumière.
Ce matin, l'aube est apparue, les albatros sont là.
Ils viennent me chercher. Je les entends m'appeler.
L'heure est enfin venue, ils vont m’entraîner vers
un nouveau pays, le pays des oiseaux. Je ne suis
plus seul, ils ont toujours été là, ils ne m’ont pas
oublié. Je suis libre à présent. Je vole.
Si quelqu'un lit cette lettre, apprenez à aimer la
mer, elle pourra vous aider quand vous en aurez le
plus besoin.
Adieux, je suis libre à présent.

Les larmes coulèrent sur mon visage, cette lettre
m'avait remué jusqu'au plus profond de mon être.
Je remis le papier dans la bouteille, la refermai au
mieux et me levai.
Je découvrais la mer comme je ne l'avais jamais
vue. Elle n'était plus mon effrayante ennemie mais
un élément qui me paraissait amie. Comme le
gardien de phare était mort en entendant le

majestueux chant des sirènes. Je m'approchai des
vagues et pénétrai dans l'eau glacée pour la
première fois. Je ne ressentais plus aucune crainte
mais un apaisement et un émerveillement total. Je
nageai le plus loin possible et lançai la bouteille
dans l'océan.
Elle était parmi l'écume, là où était sa place.

© Édition originale – Edition d‘Espérance
© Tous droits réservés – 2020
Lyvia Busnel

Lyvia Busnel

Le chant des sirènes
Un jour alors qu'il se balade sur le sable à bonne
distance de la mer, Gabriel découvre une bouteille
contenant la lettre d'un vieux gardien de phare. Sa
vision de l'immensité bleue, si terrifiante à ses
yeux, pourrait bien être remise en question.
***
Entrez dans le quotidien d'un vieux gardien de
phare amoureux de la mer et oublié par ses
semblables.




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